Les cryptoactifs entrent officiellement dans l’agenda réglementaire du gouvernement. Après plusieurs années de réflexion, l’Exécutif prévoit de faire avancer en 2027 le projet de loi n° 42.25, destiné à encadrer juridiquement ces nouveaux actifs financiers.
Une première version du texte avait été élaborée à la fin du mois d’octobre 2025. Son adoption figure désormais parmi les projets cités dans la note de présentation du Projet de loi de finances 2027, dans le cadre d’une stratégie plus large de diversification des mécanismes de financement de l’économie nationale.
Les cryptoactifs intégrés à la stratégie financière
Le gouvernement ne présente pas cette réforme comme un chantier isolé. Elle s’inscrit dans un ensemble de mesures destinées à faciliter l’accès des entreprises aux capitaux, renforcer le financement de l’investissement et accompagner le développement de nouveaux instruments financiers.
L’objectif est également de préserver la stabilité du système financier alors que les modes de financement évoluent rapidement. Le futur cadre applicable aux cryptoactifs devra ainsi trouver un équilibre entre ouverture à l’innovation et maîtrise des risques.
Le PLF 2027 prévoit parallèlement de poursuivre le développement de la fintech, avec notamment la création du Centre marocain de la technologie financière. Le gouvernement entend ainsi structurer davantage l’écosystème des solutions financières numériques.
Le crédit aux TPME reste prioritaire
La diversification du financement passe également par un élargissement de l’accès au crédit, en particulier pour les très petites, petites et moyennes entreprises. Les catégories de la population encore éloignées des services financiers figurent également parmi les cibles de cette politique.
Le gouvernement prévoit à ce titre de déployer la deuxième phase de la Stratégie nationale d’inclusion financière et de poursuivre la feuille de route consacrée à l’inclusion financière des femmes.
Les mécanismes de garantie et de cofinancement doivent eux aussi être renforcés, avec un objectif annoncé de création de 45.000 emplois bruts par an.
Au premier trimestre 2026, quelque 11,6 milliards de dirhams de crédits auraient déjà été mobilisés à travers 12.035 opérations garanties. Le Fonds « Tamwil » aurait également permis de réaliser 900 opérations de cofinancement pour un montant global de 29,9 millions de dirhams.
Marché des capitaux et finance verte
Le gouvernement veut parallèlement renforcer le rôle du marché des capitaux dans le financement de l’économie. La modernisation de ce marché et son orientation vers la finance verte constituent deux autres axes mis en avant dans le PLF.
La publication de la taxonomie verte du Maroc figure parmi les principales mesures annoncées. Cet outil doit permettre de mieux identifier les investissements compatibles avec les objectifs environnementaux et climatiques du Royaume.
L’Exécutif prévoit également de poursuivre la réforme de la titrisation et du capital-investissement, tout en préparant le lancement d’un compartiment dédié aux Sukuk sur le marché intérieur.
De nouveaux outils de financement pour les entreprises
Un autre chantier concerne les organismes de placement collectif en capital. Le gouvernement prévoit l’adoption du décret d’application de la loi n° 58.22 relative aux OPCC.
Ce texte doit notamment permettre l’entrée en fonctionnement d’organismes soumis à des règles de gestion simplifiées et encadrer leur capacité à accorder des prêts.
L’objectif reste le même : multiplier les canaux de financement disponibles pour les entreprises et réduire leur dépendance au seul crédit bancaire.
Un cadre prudentiel appelé à évoluer
Cette diversification s’accompagnera d’un renforcement du cadre réglementaire. Le PLF 2027 annonce notamment la préparation d’un code monétaire et financier destiné à regrouper et harmoniser les règles applicables au secteur.
Le gouvernement prévoit également d’avancer sur les textes relatifs au redressement des établissements bancaires et sur le mécanisme de garantie de l’État pour les opérations de liquidité d’urgence.
L’alignement du cadre prudentiel marocain sur les normes internationales doit lui aussi se poursuivre. L’enjeu est d’accompagner l’arrivée de nouveaux instruments financiers sans fragiliser la solidité du système.
Avec le projet de loi sur les cryptoactifs, la finance verte, les fintechs et les nouveaux mécanismes de financement des entreprises, le PLF 2027 dessine ainsi une évolution plus large de l’architecture financière marocaine. Le défi sera désormais de transformer ces orientations en dispositifs opérationnels, tout en encadrant les risques liés à ces nouveaux marchés.


